L’onagre, la belle de nuit qui cache bien son jeu
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Elle attend la tombée du jour pour se révéler. En quelques minutes, les grandes fleurs jaunes de l'onagre s’ouvrent presque sous nos yeux, comme si la plante avait choisi son heure. Mais derrière ce spectacle discret se cache une plante à l’histoire étonnante, longtemps consommée comme légume avant de devenir célèbre pour son huile précieuse.

L’onagre bisannuelle, Oenothera biennis, appartient à la famille des onagracées, aux côtés des épilobes et des fuchsias. Originaire d’Amérique du Nord, elle s’est aujourd’hui bien installée sous nos latitudes, où on la rencontre volontiers sur les terrains vagues, les rives, les talus ou les bords de routes.
Comme son nom l’indique, cette plante vit sur deux ans. La première année, elle forme une rosette de feuilles et développe une racine charnue. La seconde, elle dresse une haute tige pouvant dépasser un mètre, couverte de grandes fleurs jaunes qui s’épanouissent de juin à septembre.
On la connaît aussi sous plusieurs noms populaires : «belle de nuit», «primevère du soir», «herbe aux ânes» ou encore «jambon du jardinier». Autant de surnoms qui disent déjà quelque chose de son tempérament singulier.
Car l’onagre ne se contente pas de fleurir. Elle offre un véritable petit spectacle botanique. À la tombée du jour, avec un peu de patience, on peut observer ses boutons s’ouvrir presque à vue d’œil. Le calice frémit, les sépales s’écartent, puis les quatre pétales jaunes se déplient en quelques minutes. La fleur diffuse alors son parfum pour attirer les papillons nocturnes. Le spectacle est bref. Au matin, la fleur commence déjà à faner.
L’onagre peut même jouer les petites stations météo. Par temps couvert, ses fleurs restent parfois ouvertes plus longtemps le matin, comme pour profiter encore un peu des pollinisateurs. Une onagre qui tarde à «aller se coucher» peut donc annoncer une journée plutôt grise.
Une plante plus rusée qu’il n’y paraît
Le nom «onagre» est rapproché du latin onager, qui désigne l’âne sauvage. C’est de là que vient son autre nom populaire d’«herbe aux ânes». Son nom scientifique, Oenothera, renvoie notamment au grec oinos, qui signifie «vin».
Une ancienne tradition attribuait à une plante portant ce nom une racine à saveur vineuse, capable d’apprivoiser les animaux sauvages. Mais il ne pouvait pas s’agir de notre onagre actuelle: originaire d’Amérique du Nord, elle était inconnue des Grecs de l’Antiquité. Comme souvent avec les plantes, les noms voyagent, se transforment et gardent parfois une part de mystère.
Avant de devenir une plante recherchée pour son huile, l’onagre fut aussi un légume. Sa grosse racine, récoltée à la fin de la première année, se cuisinait comme le panais ou le salsifis. Elle était autrefois appréciée dans les jardins de curé et surnommée «jambon du jardinier» ou «jambon de Saint-Antoine».
On racontait même que 500 grammes de racine donnaient autant de force que 100 kilos de viande de bœuf. Une affirmation à prendre avec le sourire, mais qui montre bien l’estime dont bénéficiait cette plante dans les usages populaires. Les jeunes feuilles, les fleurs et les graines sont également comestibles.
L’onagre a aussi développé une stratégie efficace pour assurer sa reproduction. Ses grains de pollen sont reliés entre eux par une substance collante, la viscine, formant de petits chapelets qui s’accrochent aux insectes. Une manière ingénieuse de transporter davantage de pollen d’une fleur à l’autre.
Plus étonnant encore, des recherches ont montré que les fleurs d’onagre peuvent réagir à certaines vibrations sonores proches de celles produites par des pollinisateurs. Lorsqu’elles perçoivent ces fréquences, elles augmenteraient rapidement la concentration en sucre de leur nectar.
On pourrait presque dire que l’onagre «entend» arriver ses visiteurs. En réalité, sa fleur agirait comme une sorte d’antenne acoustique. Une stratégie aussi fine qu’efficace: rendre le nectar plus attractif au moment précis où un insecte utile se trouve à proximité.
De la fleur éphémère à l’huile précieuse
Aujourd’hui, en phytothérapie, ce sont surtout les minuscules graines de l’onagre qui nous intéressent. Elles fournissent une huile riche en acides gras oméga-6, notamment en acide gamma-linolénique, aussi appelé GLA.
L’huile d’onagre est particulièrement connue pour accompagner les femmes lors du syndrome prémenstruel ou des désagréments liés à la ménopause. Elle est également appréciée pour les peaux sèches et sensibles, auxquelles elle apporte souplesse, confort et élasticité. Elle peut aussi être intéressante en cas de sécheresse des muqueuses.
À la Droguerie Roggen, nous la recommandons principalement sous forme de capsules, seule ou associée, parfois en alternance avec l’huile de bourrache. On la retrouve également dans différents soins destinés à nourrir et soutenir les peaux sèches ou fragilisées.
L’onagre n’a donc rien d’une simple fleur de bord de chemin. Elle s’ouvre quand le jour décline, attire les papillons nocturnes, semble percevoir les vibrations de ses pollinisateurs et concentre dans ses graines une huile précieuse. Une belle de nuit qui ne fleurit que quelques heures, mais dont les minuscules graines ont fait le tour du monde. >> Ecouter le podcast du MAG de Radio Fribourg avec Emanuel Roggen, qui parle de la lavande.



